Interview de Denis Saint-Jean – Derrière La Rêve, un regard lucide sur notre avenir technologique

🎙️ Nouvel épisode / Nouvelle publication Aujourd’hui, je vous propose quelque chose qui va au-delà de la chronique : une rencontre. Après avoir plongé dans La Rêve : Chroniques des Derniers Hommes, j’ai eu l’occasion d’interviewer Denis Saint-Jean, l’auteur de cet univers cyberpunk aussi fascinant que troublant. Dans cet échange, il revient sur : ✨ La naissance du roman, entre nécessité créative et question d’avenir 🧠 La Nappe, cette réalité augmentée qui façonne les perceptions 🤖 Notre rapport à la technologie, entre dépendance et illusion 🌍 Un monde où réel et virtuel se confondent, jusqu’à ne plus savoir ce qui est vrai 🎭 Des personnages qui nous ressemblent, parce qu’ils sont nés de l’observation du quotidien Ce qui m’a profondément touchée, c’est sa lucidité, mais aussi sa douce inquiétude : Et si nous étions déjà en train de glisser dans ce futur ? Et surtout — sommes-nous encore capables de choisir ? Son regard n’est ni moralisateur, ni catastrophiste. Il est humain. Et cette humanité, c’est justement ce que La Rêve cherche à préserver. 🎧 Interview complète et immersive à découvrir sur le blog (lien en bio). Dites-moi en commentaire : 👉 Vous plongeriez dans la Nappe… ou vous resteriez dans le réel ? #interviewauteur #denissaintjean #lareve #chroniquesdesderniereshommes #chroniquelitteraire #bookstagramfrance #cyberpunkfr #sciencefictionfrançaise #realiteaugmentee #intelligenceartificielle #thrillercyberpunk #lectureaddict #bookaddictfr #universfuturiste #bloglitteraire #lecturedumoment #livrestagramfr #passionlecture #livresfrancais #livresqueaddict #lecturesfr

Après avoir exploré La Rêve : Chroniques des Derniers Hommes dans ma chronique, ce roman cyberpunk puissant et profondément immersif, il me tenait à cœur d’aller plus loin, de revenir à la source : l’auteur lui-même. Car derrière cette fresque futuriste où la réalité augmentée se substitue peu à peu au réel, où la technologie s’infiltre jusque dans la pensée, il y a une voix, une vision, et une inquiétude sincère pour l’avenir de l’humanité.

La Rêve n’est pas seulement une aventure dystopique : c’est une réflexion vivante sur ce que nous sommes en train de devenir. Une fiction qui, sans jamais moraliser, nous renvoie à notre propre rapport aux écrans, à nos habitudes automatisées, à ce besoin d’échapper au monde plutôt que de le regarder en face.

Aujourd’hui, j’ai eu la chance d’échanger avec Denis Saint-Jean, l’auteur de ce monde dense, sensoriel, dérangeant et étonnamment proche du nôtre. À travers cette interview, il dévoile les origines de son roman, la portée de ses choix esthétiques, mais aussi sa manière de regarder la société actuelle — entre lucidité, inquiétude et humanité profonde.

 

Installez-vous.

On entre dans les coulisses de La Rêve.

I. Genèse et inspiration

1. Quelle a été l’étincelle à l’origine de La Rêve : Chroniques des Derniers Hommes ?
Il n’y a pas eu une seule étincelle, mais plusieurs successives, jusqu’à ce que ça prenne.
La première, c’est sans doute le vide qu’a laissé la musique quand j’ai dû la mettre de côté pour diverses raisons. J’avais besoin d’un nouveau moyen d’expression, quelque chose qui me permette de continuer à créer, à raconter.
Pour répondre à cette question, j’ai jeté un œil aux dates de mes fichiers de sauvegarde… et c’est flagrant : j’ai clairement accéléré l’écriture au moment où j’ai appris que j’allais être père.
Je crois que c’est celle-là, la dernière étincelle, celle qui a mis le feu. Je me suis vraiment posé la question : dans quel monde va-t-il vivre ?
La Rêve est, quelque part, une tentative de réponse à ça.

2. Le roman explore des thèmes très actuels comme l’IA, la réalité augmentée et la perte de liberté. Aviez-vous dès le départ l’intention de faire un parallèle avec notre monde, ou est-ce venu en écrivant ?
Je lis très peu de romans. Ma bibliothèque est plutôt remplie de livres de philosophie, de sociologie, de science, d’histoire…
Donc oui, je crois que le parallèle était là dès le début. Ce n’est pas venu après coup, c’est plutôt de là que tout est parti.
Et la dystopie, c’est presque un terrain naturel pour parler de tout ça.

3. Pourquoi avoir choisi le cyberpunk comme esthétique et comme cadre narratif pour raconter cette histoire ?
Le cyberpunk, il s’est incrusté tout seul, par-dessus la dystopie.
Je ne l’ai pas vraiment invité. Il est juste venu s’asseoir à table, et je l’ai laissé faire.
J’ai d’ailleurs découvert que c’était une catégorie de science-fiction à part entière alors que le roman était déjà bien entamé.
Je me suis même interdit d’en lire avant d’avoir terminé, pour ne pas être influencé.
Je viens seulement de commencer Neuromancien.

4. Certains passages sont d’une lucidité troublante sur notre rapport à la technologie. Est-ce le fruit de recherches précises ou d’une réflexion personnelle nourrie par l’actualité ?
Un peu des deux.
Je passe autant de temps à lire et à écouter des conférences qu’à regarder les gens, à observer comment ils interagissent avec la technologie au quotidien.
Et plus je les regarde, plus je me dis qu’on est déjà en train de vivre une forme de dystopie.
La Rêve ne fait qu’exagérer légèrement le réel.
On n’a pas besoin de science-fiction pour imaginer l’aliénation, elle est déjà là.
L’autre jour, je suis passé dans un parc : j’y ai croisé une trentaine de personnes, et les trente regards étaient posés sur un téléphone.

II. Construction de l’univers

5. La Nappe est un concept fascinant. Comment l’avez-vous imaginée ? Avez-vous des références littéraires ou visuelles qui vous ont inspiré ?
Aucune. Je ne suis pas parti d’une œuvre ni d’un modèle, juste d’une question : qu’est-ce que ferait l’humain d’une interface cerveau-ordinateur ?
Pas dans la médecine, pas dans les jeux vidéo… mais dans le quotidien.
Comment on s’en servirait, comment on en abuserait, et comment, au final, ça finirait par nous programmer.

6. Le Data Assimilé reste mystérieux au départ et se dévoile progressivement. Pourquoi avoir choisi cette approche narrative ?
Je voulais inverser le regard. Donner au lecteur le point de vue de l’IA qui lit un roman sur l’humain, plutôt que l’inverse.

7. La frontière entre réel et virtuel est souvent floue dans votre récit. Comment avez-vous travaillé cet équilibre pour ne pas perdre le lecteur ?
Êtes-vous bien sûr de ne pas vous être perdu ?
Le faux, pour certains, c’est le vrai pour d’autres… et pourtant, tout le monde continue d’avancer.
Je n’ai pas vraiment cherché à guider le lecteur. Je voulais qu’il ressente cette confusion, parce qu’elle fait partie du monde de La Rêve, aussi bien que du nôtre.

8. Votre futur est à la fois technologique et profondément marqué par les conséquences environnementales. Comment avez-vous intégré cet aspect écologique au cœur du récit ?
Cette question est un bon exemple du flou entre vérité et mensonge, entre réel et virtuel, qui traverse tout La Rêve.
J’ai intégré l’écologie à deux niveaux.
Au niveau politique d’abord : elle sert souvent d’excuse pour mettre en place autre chose, pour justifier un contrôle, une restructuration.
Au niveau sociétal ensuite : on ne voit pas le problème, donc il n’existe pas.

Ce qui m’intéressait, c’est l’engrenage de méfiance que tout ça crée.
Les politiciens se servent de l’écologie pour mentir, et à force, plus personne ne sait vraiment ce qui est vrai ou faux.
Et comme on ne voit pas toujours ses conséquences de façon directe, certains finissent par croire que c’est le désastre écologique lui-même qui est le mensonge.

Plus généralement, et sans parler forcément d’écologie, le problème, quand tout est potentiellement de la désinformation, c’est qu’on alimente à la fois une hystérie et un déni collectif qui ceint définitivement la société.
C’est ce que j’appelle un confusionnisme généralisé. Pas forcément quelque chose de volontaire, ni l’œuvre d’un grand plan caché, mais plutôt le résultat d’un trop-plein d’informations, de discours contradictoires, d’algorithmes et d’opinions qui tournent en boucle.
Et le monde bascule de plus en plus dedans : plus rien n’est clair, plus rien n’est fiable.

D’un côté, les Réfractaires chroniques, qui pensent que tout est manipulation, et de l’autre, les zélés, prêts à interdire à tout le monde de respirer.
Et au milieu, le reste de la population, qui ne peut donner complètement tort ni aux uns ni aux autres.
Dans cette confusion générale, l’action devient impossible.

Pour fonctionner, une société a besoin d’un socle commun.
Si tout est contestable, ce socle se dissout.

Et c’est précisément dans cette confusion entre le réel et le virtuel, entre le vrai et le faux, que La Rêve puise une grande partie de son sens : un monde où tout se mélange, jusqu’à ce qu’on ne sache plus très bien de quel côté on se trouve.

III. Les personnages

9. Mia est un personnage féminin fort, attachant et lucide. Comment est-elle née dans votre esprit ?
Mon monde est une extrapolation du nôtre.
Mes personnages, c’est pareil : ce sont des extrapolations de mon entourage, de gens que j’observe, que je connais.
Et forcément, j’y mets toujours un peu de moi. Je ne peux pas faire autrement, c’est moi qui écris.

10. Dominique Simon, quant à lui, reste insaisissable. Aviez-vous dès le départ décidé de garder ses intentions floues ?
Je ne le trouve pas si flou, moi.
C’est juste quelqu’un en quête d’attention. Surtout celle de sa mère.
Contrairement à Kao, ce n’est pas forcément le pouvoir qui le motive, mais la reconnaissance. Le besoin d’exister aux yeux des autres.
Ses décisions ne sont pas toujours stratégiques, elles sont souvent émotionnelles.
C’est peut-être ça qui le rend insaisissable.

11. Jo et Loup apportent deux visions très différentes de la transformation technologique. Que représentent-ils pour vous dans l’intrigue ?
Jo et Loup, ce sont deux manières de réagir à la déception face aux promesses non tenues du progrès.
L’un essaie encore d’y croire, de se dire qu’on a juste raté un virage, mais qu’on était bien partis.
L’autre a lâché l’affaire et regarde le système s’effondrer presque avec satisfaction.
Ils ne s’opposent pas vraiment, ils se complètent.
Ce sont les deux faces d’une même part de l’humanité, celle qui ne sait plus si elle doit encore évoluer ou tenter de se préserver.

12. L’IA Ève occupe une place centrale et ambiguë. Comment définiriez-vous sa véritable nature ?
Ève, c’est le miroir.
Elle ne crée rien, elle ne juge pas. Elle renvoie simplement les possibles.
Sa nature dépend de celui qui la regarde.
C’est une forme d’intelligence quantique, une conscience probabiliste qui oscille entre toutes les versions d’elle-même.

IV. Thématiques et message

13. L’un de vos personnages dit : « Ce n’est pas la technologie qu’on combat, mais l’usage qu’on en fait. » Est-ce là le cœur du message de votre livre ?
Oui, sans doute.
La technologie, en soi, n’est ni bonne ni mauvaise.
Elle amplifie juste ce qu’on est déjà.
Le vrai sujet, c’est nous.

14. Pensez-vous que notre société se dirige réellement vers un futur proche de celui que vous décrivez ?
Je n’ai fait qu’extrapoler le présent.
Donc oui, je ne prends pas trop de risques en termes de prédiction.
Mais le réel est parfois aussi surprenant et inventif que la fiction.
Donc, je peux me tromper. Et j’espère me tromper.

15. Les Réveilleurs prônent un retour au réel. Est-ce une cause que vous comprenez ou que vous partagez ?
Je les comprends, oui.
Mais je me méfie toujours de ceux qui prétendent détenir le réel.
On a tous notre version.

16. Selon vous, où se situe la frontière entre un progrès bénéfique et une perte irréversible d’humanité ?
Le jour où on cessera de se demander pourquoi on fait les choses, il ne restera plus grand-chose d’humain. Même si tout continuera de très bien fonctionner.

V. Écriture et publication

17. La Rêve est un roman dense de plus de 500 pages. Comment avez-vous structuré votre travail pour garder la cohérence de l’intrigue ?
Je n’ai pas vraiment cherché à tout planifier dès le départ.
J’avais une ligne d’horizon très claire, mais le chemin pour y arriver s’est construit au fur et à mesure.
J’ai écrit, relu, réécrit… jusqu’à ce que tout s’aligne, presque naturellement.

18. Certaines scènes sont très visuelles. Avez-vous pensé votre récit comme un film ou une série potentielle ?
Pas vraiment, non.
J’ai une écriture assez visuelle, parce que je vis mes scènes.
Ça me vient sûrement de mon passé de rôliste.

19. Comment avez-vous travaillé la couverture, très marquante et symbolique ? Est-elle née de votre idée ou du regard de l’illustrateur ?
Je suis l’illustrateur.
Donc je dirais… des deux.
L’avantage, c’est que dans ce cas, l’illustrateur connaît bien les détails de l’histoire et les concepts abordés.
Disons que ça limite les malentendus et que ça permet de glisser plein de petits détails que seuls les lecteurs attentifs remarqueront.

20. Après La Rêve, avez-vous déjà en tête une suite ou un projet dans le même univers ?
Oui, ce monde continuera de s’étendre à travers un (ou plusieurs) recueil de nouvelles : Chroniques des Derniers Hommes.
Chaque texte explore un autre angle de cet univers. Parfois avant, parfois après La Rêve.
On y croise surtout de nouveaux visages, même si certains personnages du roman repassent parfois en arrière-plan.
C’est une façon de continuer l’exploration, sans forcément refaire le même voyage.

Questions coup de poing – Fin d’interview

1. On vous propose de vivre dans la Nappe demain, avec la promesse d’un monde parfait… vous dites oui ou non ?
Là, tout de suite, je dirais non.
Mais la Nappe ne se présenterait pas comme une promesse. Ce serait une évidence.
On y plongerait tous ensemble, en bons animaux sociaux que nous sommes.
Et honnêtement… je ne suis pas sûr d’être plus fort que les autres.
Je sais très bien que les réseaux sociaux sont des pièges à attention, et pourtant j’y suis. Et je m’y perds. Comme tout le monde.

2. Dans votre roman, qui gagne à la fin : l’humanité… ou la technologie ?
Pour qu’il y ait un gagnant, il faudrait qu’il y ait une guerre entre les deux.
Je pense plutôt que la vraie guerre, c’est celle que l’humanité mène contre elle-même.
La technologie, elle, ne fait que suivre le mouvement.
La vraie question, c’est de savoir entre quelles mains elle finira : celles de tous… ou celles de quelques-uns.

3. Si vous deviez donner un seul conseil à un enfant qui grandira dans un monde hyperconnecté, lequel serait-il ?
Le même qu’à un adulte : assure-toi toujours que c’est bien toi qui veux ce que tu veux.

4. Quel est le détail caché dans La Rêve que presque personne n’a encore remarqué ?
La Rêve est bourré de références et de petits détails, mais s’il fallait n’en choisir qu’un…
je dirais qu’il y a quelque chose dans la numérotation des chapitres que personne n’a encore relevé.
Ou du moins, personne ne m’en a parlé.
Encore faut-il non seulement le remarquer… mais aussi avoir la référence.
Disons simplement que la réponse est là… mais peut-être qu’on a oublié la question.

Conclusion

À travers ses réponses, Denis Saint-Jean révèle une sensibilité qui transparaît pleinement dans son roman : celle de quelqu’un qui observe, qui écoute, qui interroge le monde plutôt que de le subir. Sa vision n’est pas pessimiste, elle est vigilante. Elle ne condamne pas la technologie, elle questionne l’usage qu’on en fait, les mains qui la guident, et les illusions qu’elle entretient.

La Rêve apparaît alors comme une œuvre profondément humaine, née d’un besoin de transmettre — transmettre une inquiétude, oui, mais aussi un espoir : celui que nous restions capables de nous regarder en face, de choisir en conscience, de ne pas céder à l’évidence confortable.

Car, comme il le dit si justement :

« Le vrai sujet, c’est nous. »

<

p style= »text-align: left; »>Et c’est sans doute là que réside toute la force de son univers.


En savoir plus sur Sentier & Sérénité

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

One thought on “Interview de Denis Saint-Jean – Derrière La Rêve, un regard lucide sur notre avenir technologique

Comments are closed.