
Interview d’Elie Barbati : dans les coulisses de Spes-Nova, thriller SF et terraformation

Il est des rencontres littéraires qui laissent une empreinte durable. Avec Spes-Nova, Tome 1 : La tombée de l’Aurore, Elie Barbati a offert aux lecteurs un thriller de science-fiction haletant, où survie, exploration spatiale et terraformation s’entrelacent dans un univers d’une grande richesse. Curieuse d’en savoir plus sur les coulisses de cette saga ambitieuse, j’ai eu le plaisir d’échanger directement avec l’auteur. Il a pris le temps de répondre à mes questions par mail, et je le remercie chaleureusement pour sa disponibilité et la sincérité de ses réponses. Dans cette interview, Elie Barbati revient sur ses inspirations, son rapport à la science, ses personnages, et nous dévoile aussi quelques perspectives sur la suite de Spes-Nova.
***Questions générales sur l’auteur et l’inspiration***
Pouvez-vous nous parler de votre parcours et de ce qui vous a conduit à écrire de la science-fiction ?
J’ai toujours eu un fort attrait pour les sciences : comprendre le mouvement des planètes, résoudre des équations différentielles, calculer les concentrations nécessaires à une réaction chimique… Tout cela me fascinait. Mais j’avais en parallèle un esprit trop rêveur pour m’en tenir à la seule rigueur scientifique. Très vite, mes cours devenaient pour moi des tremplins vers d’autres mondes : je me surprenais à imaginer des systèmes solaires lointains, des anomalies étranges, des créatures improbables et des complots fomentés par de vastes méga corporations. En somme, la science m’a toujours nourri, mais elle a aussitôt glissé dans la fiction. C’est de cette tension entre rationalité et imagination qu’est naturellement née mon envie d’écrire de la science-fiction.
La terraformation est un sujet qui m’a toujours fasciné, je savais dès le départ que je voulais bâtir une histoire autour de ce thème. En parallèle, j’ai toujours eu un faible pour les récits qui donnent des frissons. Spes-Nova repose donc sur ces deux piliers : un space opera et planet opera traversé par l’énergie du thriller. Le reste – les péripéties, les retournements, l’évolution des relations entre les personnages – s’est construit au fil de l’écriture et des nombreuses réécritures (très nombreuses, en ce qui concerne ce premier tome, qui est resté en réécriture pendant plus de cinq ans).
Ma formation scientifique a une influence majeure sur ma manière d’écrire, c’est certain. J’ai besoin que mes univers soient cohérents et que chaque concept paraisse plausible. J’aime imaginer que, derrière la fiction, tout repose sur des technologies réelles ou sur des avancées que nous pourrions maîtriser dans les prochaines décennies. Quand j’introduis une innovation, je m’efforce de la développer et de la justifier pour la rendre crédible.
Mais en même temps, je sais ce que l’on ressent face à un concept complexe et abstrait, infesté de termes à peine prononçables – je me souviens encore des cours où, après une heure à m’imaginer le cycle de vie des Faucheuses, je relevais la tête pour entendre parler de la conformation tridimensionnelle des protéines (c’est très intéressant cela dit !). C’est pour éviter cet écueil que je fais un vrai travail de vulgarisation : mes textes doivent rester accessibles à ceux qui veulent simplement suivre l’histoire, tout en offrant de la matière à ceux qui aiment fouiller les détails.
Cela dit, c’est surtout vrai pour Antelucem. Pour Spes-Nova, je me suis autorisé davantage de libertés et d’approximation.
Il y a beaucoup de recherches ici et là, même si elles remontent à quelques années (presque dix ans, en fait). Mais comme toujours, je pars des données scientifiques disponibles : je note toutes les informations que je trouve et je les intègre dans la construction de l’univers. Quelle est la manière la plus simple d’amener de l’eau sur une planète ? Détourner des astéroïdes riches en glace. Très bien, les colons feront comme ça. Et tiens, puisque ces astéroïdes contiennent de l’eau, on pourrait la purifier et la boire. Intéressant, donc… Cela implique l’existence de compagnies spécialisées dans ce type de minage. IceTool Mining est née ainsi.C’est un processus en cascade : chaque aspect, chaque question, chaque étape de la terraformation, débouche sur une conséquence sociale, économique ou politique. Comment se serait construite une société entièrement tournée vers un tel projet ? Qu’est-ce qui aurait disparu ? Qui se serait enrichi ? Quel point de vulnérabilité ? … Et… comment tout pourrait s’effondrer ?
J’aimerais beaucoup que ce soit un espoir réaliste. Malheureusement, je n’y crois pas vraiment. Et, outre le défi technologique colossal qu’un tel projet représente et la capacité de l’être humain à résoudre les problèmes climatiques sur sa propre planète, je ne sais pas si ce serait souhaitable. C’est d’ailleurs une question qui est traitée dans Spes-Nova (principalement dans les tomes 2 et 3) : Un point qui me paraît réussir à remettre inéluctablement chaque individu de l’espèce humaine à égalité, c’est que nous vivons tous sur la même planète. Une version étendue de « tous sur le même bateau ». Que se passera-t-il, si un jour, ce n’est plus le cas ? Qui aurait le droit de changer de bateau ? Et qu’adviendrait-il de ceux qui ne l’ont pas ?
Pour moi, il n’y a pas vraiment de frontière à tracer : j’ai le sentiment de parvenir à concilier naturellement les deux. Je n’ai jamais eu le sentiment que mes histoires devenaient scientifiquement injustifiables, ni que l’exigence de vraisemblance bridait ma créativité. On pourrait dire « 50-50 », mais en réalité je n’ai simplement pas le sentiment que l’un grignote l’espace de l’autre.
La réponse est très différente selon que l’on parle de Spes-Nova ou d’Antelucem. Dans Spes-Nova,les personnages se sont en grande partie construits d’eux-mêmes, souvent (je dois bien l’avouer) en fonction des besoins du scénario. Avec le recul et les années d’écriture, je les trouve insuffisamment développés. Ils ont chacun leur caractère, sont attachants et très différentiables, mais ils subissent l’histoire. Quels sont leurs rêves ? Leurs craintes ? Qu’est-ce qui les fait vibrer ? Bon, ils s’enrichissent et s’approfondissent au fil des tomes, mais c’est l’un des points que je travaille bien différemment aujourd’hui. Dans Antelucem, mes personnages donnent davantage le sentiment qu’ils ont une existence en dehors du récit. Ils ne se contentent pas d’avoir une personnalité, des répliques typiques et un vécu propre rédigé au préalable sur une feuille. Ils ont chacun leur manière de voir le monde. Leurs propres rêves. Leurs propres remords. Ils ne subissent pas l’histoire, ils la portent. C’est en tout cas un point sur lequel j’ai mis beaucoup d’attention, et qui fait, je pense, toute la différence.
J’ai un très grand faible pour Ryker. J’ai adoré rédiger ses répliques et jouer de son caractère explosif. Je ne peux pas vous en parler sans spoiler, mais son évolution dans la trilogie me plait beaucoup. C’est pour moi un personnage secondaire qui marque.
J’aime présenter Spes-Nova comme un hommage à toutes les œuvres qui m’ont formé en tant que lecteur puis en tant qu’auteur de science-fiction. On y retrouve une constellation de références, parfois explicites, parfois plus discrètes. Elles sont pensées pour faire sourire ceux qui les reconnaissent, tout en restant transparentes pour les autres lecteurs.
Un exemple : le mot d’ordre « N’oubliez pas le Rosalie », qui déclenche des émeutes dans les Barricades après la destruction d’un vaisseau civil par le gouvernement, fait clairement écho au « Remember the Cant » de The Expanse. Il y a aussi des allusions à Alien, mais plus subtiles qu’on ne le pense. Contrairement à ce que beaucoup imaginent, les Faucheuses ne viennent pas d’Alien. Mon inspiration principale venait plutôt des nécromorphes de la série Dead Space. J’ai choisi d’en faire un parasite, et non le résultat d’une transformation humaine, pour éviter l’effet « zombie » et surtout pour conserver une vraisemblance biologique : les parasites capables de prendre le contrôle de leur hôte existent déjà sur Terre, et la communication phéromonale est un mécanisme éprouvé. Alien se retrouve plutôt dans l’ambiance générale et le huis clos spatial. La Faucheuse, elle, possède en réalité davantage de point communs biologiques avec une fourmi ou une guêpe qu’avec le célèbre Xénomorphe de Ridley Scott. Alors oui, le parasite se développe dans le thorax. Mais ce parallèle, pour le coup, était totalement involontaire.
La fluidité est devenue naturelle avec le temps, à force de travail et de réécriture. En revanche, l’aspect visuel est instinctif : mon imagination est avant tout nourrie par les décors, les atmosphères, les couleurs, les lumières, les sons, les odeurs. Je n’ai pas besoin de forcer cet aspect, il s’impose de lui-même. Je pense que c’est ce qui donne à mes textes leur dimension immersive.
C’est très inné. Je ressens le besoin d’une pause après un chapitre très rythmé. Le besoin d’accélérer après un moment de calme. Je n’ai jamais beaucoup de reprises à faire sur le rythme du roman une fois le premier jet terminé.
C’est le côté artiste qui ressurgit. Je n’en ai pas parlé jusqu’ici, mais je suis aussi artiste 3D. Et j’aime aussi beaucoup dessiner. Je réalise mes propres couvertures (sans IA, il devient important de le préciser), et j’adore illustrer mes univers avec des croquis et des plans. J’adore en trouver, en tant que lecteur, dans un roman, alors…
Faites bien attention, le diable se trouve dans les détails. Chaque petit indice étrange à son importance. Chaque porte qui vous semble laissée ouverte sera refermée à un moment donné. Et certainement pas de la manière à laquelle vous vous attendez.Il faut savoir que les trois tomes ont été rédigés pratiquement en parallèle afin d’assurer la plus grande cohérence entre les trois. Ainsi, quelques petits détails en apparence sans importance dans le premier tome peuvent se révéler avoir une importance cruciale à la toute fin.Bon, et pour être plus concret, attendez-vous à un profond changement de décor. On passe de la survie dans l’espace à la survie sur terre (sur exolune, pour être précis). Finis les couloirs confinés, les hangars dépressurisés et les vaisseaux spatiaux à la dérive. On découvre la surface novéenne. Un territoire en apparence paradisiaque, et pourtant monstrueusement hostile. Alors, équipez-vous, n’oubliez rien dans la capsule de survie et… tenez-vous éloigné de la terre Grise.
Spes-Nova est une saga achevée depuis maintenant quelques années. J’ai ensuite écrit la duologie Antelucem, qui ouvre elle-même la voie à plusieurs autres récits dans le même univers. Je travaille actuellement sur un antépisode indépendant – un préquel pouvant se lire avant ou après Antelucem – dont la sortie est prévue pour 2026.J’envisage également d’ouvrir un second cycle pour Antelucem, un ou deux tomes supplémentaires, mais ce n’est pas encore arrêté, je veux d’abord m’assurer que mon scénario mérite vraiment d’être raconté. En parallèle, deux autres pistes me trottent en tête : un univers de fantasy (mais ce serait un projet lointain), et le concept central d’un one-shot dystopique. Celui-ci pourrait arriver assez vite, peut-être juste après mon roman en cours, selon mon envie du moment.
J’aimerais que mes lecteurs referment le livre avec le sentiment d’avoir voyagé loin, d’avoir exploré un univers à la fois dépaysant et crédible… mais surtout d’avoir vibré avec les personnages. Si certaines scènes les hantent, si certaines idées les font réfléchir, et si mes mondes leur paraissent encore vivants une fois la dernière page tournée, alors j’aurai réussi. 🙂
Spes-Nova a surpris toutes les personnes qui m’ont dit ne pas aimer la science-fiction, mais que « bon, je vais tenter quand même, on sait jamais ». Non, c’est vrai, je vous assure ! Je peux vous citer une demie douzaine de lecteur·ice·s qui ont dévoré les trois tomes en pensant s’attaquer à une histoire laborieuse sur les lasers et les extraterrestres verts.Plus sérieusement, c’est une SF très abordable, qui joue avec les différents genres pour créer un mélange très digeste.
Je le remercie encore pour le temps qu’il m’a consacré et pour la richesse de ses propos.
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