Interview exclusive de Cédric Le Calvé : Ici, tout va bien

Interview littéraire Aujourd’hui, je partage avec vous un échange passionnant avec Cédric Le Calvé, auteur du roman Ici, tout va bien. Nous avons parlé de nostalgie, des années 80, de la relation touchante entre un grand-père et sa petite-fille, mais aussi du danger des souvenirs quand ils deviennent trop envahissants. Un moment riche, sincère et inspirant ✨ Merci encore à l’auteur pour sa disponibilité et ses réponses empreintes d’authenticité. 👉 Et vous, que vous évoquent les années 80 ? Avez-vous envie de plonger dans ce parc littéraire où tout semble possible ? #interviewauteur #cedriclecalve #icittoutvabien #chroniquelitteraire #avislecture #instalecture #bloglitteraire #auteurfrancais #romannostalgique #annees80 #lectureaddictive #plumepoetique #passionlecture #instabookfrance #lecteurs #instapodcast

Après avoir publié ma chronique littéraire du roman Ici, tout va bien de Cédric Le Calvé, j’ai eu le grand plaisir d’échanger directement avec l’auteur. Je le remercie chaleureusement pour le temps qu’il a consacré à répondre à mes questions.

Ce roman, qui m’a surprise en m’emmenant hors de ma zone de confort, propose une plongée dans les années 80 à travers un parc d’attractions hors du commun. Entre poésie, réflexion et mise en garde douce, Ici, tout va bien questionne notre rapport à la nostalgie, aux souvenirs et au temps qui passe.

Dans cet entretien, Cédric Le Calvé nous livre les coulisses de son écriture, son rapport intime aux années 80, la genèse de ses personnages, ainsi que ses projets littéraires à venir. Une immersion précieuse pour mieux comprendre la richesse de ce roman.


 

Interview de Cédric Le Calvé autour de Ici, tout va bien,

entre nostalgie et réflexion sur nos souvenirs

Autour de l’inspiration et de la genèse du roman

📚 Chronique littéraire Aujourd’hui, je vous parle d’une lecture qui m’a surprise et touchée : Ici, tout va bien de Cédric Le Calvé. Attirée par la couverture bucolique et vintage, je me suis laissée emporter dans un voyage plein de nostalgie, au cœur d’un parc qui recrée l’ambiance des années 80. Une plume fluide, poétique et addictive, qui questionne notre rapport aux souvenirs et à la mémoire. Un roman hors de ma zone de confort, et pourtant une belle découverte 💫 Une lecture qui fait du bien et qui mérite d’être partagée ! 👉 Et vous, seriez-vous tenté(e) par un voyage littéraire dans les années 80 ? #chroniquelitteraire #avislecture #romanfrancais #litteraturefrancaise #instalecture #lecturedujour #passionlecture #lectrice #lecteur #bookstagramfrance #bloglitteraire #auteurfrancais #romannostalgique #annees80 #lectureaddictive #plumepoetique

1/ Qu’est-ce qui a été le point de départ de Ici, tout va bien ? Un souvenir personnel, une envie d’explorer les années 80, ou une réflexion plus large sur la nostalgie ?

Depuis longtemps, j’avais envie de traiter ce thème, et la cinquantaine approchant, c’est venu assez naturellement. Mais je n’avais pas trouvé la modalité pour entrer dans le récit. Et puis le déclic est venu lorsque j’ai visité le parc Aventura en Espagne avec mes enfants. Ce parc d’attractions est décliné autour de plusieurs mondes (Égypte, Mexique, Méditerranée, Japon…), et on passe librement d’un décor à un autre. C’est là que j’ai eu l’idée d’inscrire mon roman dans un espace clos qui reproduirait à l’identique une ville des années 80.

2/ Pourquoi avoir choisi cette décennie précisément comme décor central ?

Enfants des années 80, nous sommes sans doute les derniers à avoir vécu une jeunesse sans internet, réseaux sociaux et téléphone portable. C’était un monde qui peut paraître préhistorique. L’accès à l’information était limité, elle passait par les journaux et la télévision, qui ne possédait alors que trois chaînes. Les communications étaient ralenties, tout était plus lent.

Pour moi, c’est une décennie qui fait la transition entre deux mondes vraiment différents dans leur manière de fonctionner. Évidemment, étant moi-même né en 1973, j’avais tous les codes de cette époque pour écrire ce roman. Tout est venu assez facilement, je n’avais qu’à puiser dans mes souvenirs.

3/ La cabine téléphonique en couverture m’a beaucoup marquée : est-ce un choix de l’éditeur ou un symbole que vous teniez absolument à intégrer ?

Cette photo est un choix personnel. Je trouve qu’elle a un pouvoir d’évocation très puissant. Elle symbolise une époque révolue et en même temps il y a quelque chose de paisible dans ce paysage. Et puis, cette illustration est en étroit rapport avec le titre du livre, donc tout concordait à faire de cette photographie mon choix de couverture pour ce roman.


Sur les personnages et l’intrigue

4/ Le personnage principal est un ancien professeur des écoles à la retraite. Comment est née cette figure ? A-t-elle un lien avec votre expérience ou des personnes qui vous ont marqué ?

Je suis moi-même professeur des écoles, donc je connais assez bien le sujet. Pour mon personnage principal, je tenais à ce qu’il soit perdu et déboussolé à l’âge de la retraite. Je cherchais un emploi exigeant et en même temps un peu déconnecté du monde moderne. Commercial ou ingénieur dans un grand groupe n’aurait pas forcément convenu. Lui est un instituteur à l’ancienne, qui n’a pas cherché à adapter son enseignement aux nouvelles méthodes. Et comme tous les enseignants, il perd de son importance lorsqu’il n’a plus la charge d’une classe. Tout était réuni pour réussir l’effet de bascule. Lorsque la retraite arrive, il se retrouve tout à coup inutile et en décalage avec ce monde qui a continué à avancer sans lui.

5/ La relation entre le grand-père et sa petite-fille Constance est très touchante. Quelle place vouliez-vous donner à ce duo intergénérationnel dans l’histoire ?

C’est une relation complexe. Lui est en souffrance et va avoir tendance à se tourner vers le passé. Constance, elle, est une jeune fille à l’aise dans son époque qui regarde vers l’avenir. Elle a les codes de ce monde moderne, lui non. Ce qui est intéressant, c’est que Constance et son grand-père ne se comprennent pas vraiment, ni dans les attentes ni dans les aspirations de leur vie respectives, mais ils font des efforts, chacun de leur côté, pour continuer à nourrir cette relation. Le grand-père joue aussi un rôle important dans l’apaisement des relations entre Roméo (le père de Constance et son propre fils) et sa petite-fille. Il tente de recoller les morceaux entre ces deux personnes qu’il affectionne.

6/ Le parc d’attractions des années 80 est à la fois magique et inquiétant. Comment avez-vous travaillé cet équilibre entre enchantement et danger ?

J’ai fonctionné par étapes. De prime abord, ce parc est un lieu d’enchantement. Il fonctionne comme un parc traditionnel, avec des attractions, des lieux de restauration et un espace marchand. Mais on comprend vite que ce qu’il propose, le voyage dans le temps, peut rapidement devenir addictif. Le degré de sensibilité dépend évidemment de l’âge des visiteurs. Sur la fin du roman, on apprend même que des procès ont eu lieu, que d’autres personnes vulnérables ont sacrifié tout ce qu’ils possédaient pour pouvoir rester sur le site. De la même façon, le personnage principal passe par toutes les étapes de l’addiction : enchantement, emprise, et finalement sevrage.


Sur les thèmes et la portée du roman

7/ La nostalgie est au cœur du récit, mais vous y glissez aussi une mise en garde : peut-on devenir « addict » à ses souvenirs. Qu’espériez-vous transmettre aux lecteurs à travers cette réflexion ?

C’est le célèbre adage « On ne peut pas être et avoir été ». Je pense qu’à petites doses, le souvenir est un baume qui nous fait du bien, qui réconforte. À plus grandes doses, il peut empêcher de regarder vers l’avenir, il y a le risque aussi d’idéaliser le monde de notre jeunesse. Je ne l’évoque pas dans le roman, mais je n’oublie pas que l’univers audiovisuel des années 80 était empreint de racisme et de sexisme. Je me souviens de certaines publicités ou chansons édifiantes qui nous amusaient à l’époque. J’ai 52 ans, et j’aimerais ne pas penser que c’était mieux avant, ou regretter ce que j’ai pu être ou faire dans le passé. Ce n’est pas toujours facile parce que le vieillissement entre dans l’équation. C’est un équilibre à trouver.

8/ Pensez-vous que notre époque a une relation particulière avec la nostalgie, notamment à travers les reconstitutions, le vintage, et le culte des années passées ?

Notre génération a surtout les moyens de s’y plonger, grâce à internet. Nos parents n’avaient pas cet outil à disposition. Aujourd’hui, on peut faire des recherches sur YouTube ou autres plateformes de ce genre et y passer des heures. C’est un puits sans fond. Moi-même, j’aime aller fouiller les archives, que ce soit des vidéos, des chansons, des films ou des pièces de théâtre. Ce n’est pas forcément la recherche de la nostalgie, c’est aussi pour découvrir des pépites cachées. J’ai été aussi épaté de constater que les jeunes de 20 ans connaissent les paroles de certains tubes de notre génération, comme Partenaire particulier ou Les démons de minuit. On peut voir aussi cela comme un partage.

9/ J’ai ressenti une plume fluide, immersive, presque poétique. Est-ce un style que vous cultivez consciemment ou qui s’impose naturellement à vous ?

J’aime décrire les sentiments, et je m’aperçois au fil des romans que je travaille beaucoup sur l’introspection. Mes personnages doutent, s’interrogent sans cesse, questionnent leur propre désir. Dans ce domaine-là, ça me semble naturel d’avancer par nuances, par petites touches. C’est une écriture intimiste qui convient à ce registre, et je crois que c’est celle qui me correspond. J’ai essayé de changer un peu, avec un polar Trois millions… ou presque, mais j’ai fini par privilégier les relations entre les personnages plutôt que les scènes d’action. On ne se refait pas.


Lien avec mon ressenti de lectrice

10/ Personnellement, ce roman m’a emmenée hors de ma zone de confort et m’a séduite par surprise. Qu’aimeriez-vous dire aux lecteurs qui, comme moi, hésitent à franchir le pas d’une telle lecture ?

C’est un voyage dans le temps qui est proposé. Et le thème de la nostalgie demeure universel. On peut ressentir ce sentiment très tôt dans sa vie. Donc ce roman est ouvert à tous les âges, il me semble. Évidemment, ceux qui ont vécu leur jeunesse dans ces années-là se retrouveront dans les références que je propose. Mais je suis également attentif au retour d’un lectorat plus jeune. Pour lui, c’est aussi l’occasion de découvrir un monde qu’il ne connaît pas. Partager l’histoire d’un homme qui veut absolument retourner vers un espace complètement déconnecté pourra paraître étrange. Mais c’est aussi l’occasion de réfléchir à ce qui les différencie de leurs parents.

11/ J’ai ressenti ce roman comme une « alerte douce », une mise en garde discrète, mais efficace. Est-ce le message que vous vouliez laisser passer ou une lecture que vous découvrez à travers mes mots ?

Oui et non. J’ai beaucoup de tendresse pour ce sentiment de nostalgie. Pour moi, ce n’est pas le danger principal du roman. Ce qui menace le narrateur c’est d’abord la solitude, la douleur du vieillissement, et la distance qui s’est creusée avec le monde dans lequel il évolue. Voilà les véritables dangers qui le guettent. La nostalgie va lui servir de béquille quelque temps, pour réduire sa douleur. En revanche, là où vous avez raison, c’est qu’elle représente à son tour une menace lorsqu’elle devient sa partenaire exclusive. Il se coupe de sa famille et se met en danger financièrement. Et à la fin du roman, on devine qu’il ne reviendra plus jamais au parc.

12/ Le roman m’a fait réfléchir sur ma propre relation aux souvenirs. Est-ce important pour vous que vos lecteurs se retrouvent eux-mêmes dans vos récits ?

Tout à fait. Je voulais que le lecteur interroge ses propres souvenirs, qu’il se retrouve à son tour dans cette itinérance. J’ai utilisé pour cela quelques petites astuces de narration. Plusieurs fois dans le roman, le narrateur ne se souvient plus d’un titre ou d’un nom, j’espérais en secret que le lecteur compléterait chacune de ces interrogations, ou qu’il chercherait la réponse avec mon personnage. En tout cas, je voulais favoriser ce voyage intérieur au sein du récit, générer des émotions propres à chaque lecteur.


Sur l’écriture et la suite

13/ Combien de temps vous a pris l’écriture d’Ici, tout va bien et quelles ont été les plus grandes difficultés rencontrées ?

J’ai mis deux ans à écrire ce roman, c’est une durée classique. J’ai adoré ce projet, notamment toute la phase de recherche, c’était jouissif. J’ai dû puiser dans mes souvenirs ou chercher sur internet des éléments pour construire mon roman. La seule difficulté que j’ai rencontrée a été d’ordre structurel. À ma première relecture, j’ai trouvé la narration efficace, mais trop linéaire. J’ai alors décidé d’introduire dans le récit une dizaine d’apartés qui cassent le rythme et en même temps apportent des éclairages nouveaux sur le narrateur. Je pense que cet ajout a été décisif pour équilibrer le roman.

14/ Travaillez-vous déjà sur un nouveau projet ? Si oui, pouvez-vous nous en dire un mot, ou au moins sur la direction que vous souhaitez prendre ?

J’ai deux projets en cours pour l’année 2026, un roman enfant qui s’intitulera L’arbre de vie. C’est le point de vue d’un arbre à travers les siècles, une aventure émouvante qui interroge également sur notre héritage et notre relation à l’environnement. Enfin un roman adulte devrait également paraître. Il évoquera le destin d’une femme en passe de devenir député. Toute l’action se condense sur le dimanche de l’élection et les hésitations de cette jeune mère promise à un bel avenir. Pour l’anecdote, Marla, mon héroïne, était déjà un personnage qui était apparu dans Le disque dur. Cela a été un bonheur de la faire revenir, elle et toute sa famille.

15/ Enfin, quel est le souvenir le plus marquant de vos propres années 80 que vous aimeriez partager avec vos lecteurs ?

En fait, c’est un souvenir qui fait le lien entre nos deux mondes. Quand j’avais 8 ans, j’ai complété un album de football Panini de l’année 1981 où on devait coller des vignettes. Et puis je l’ai perdu. Avant l’écriture de ce livre, je me suis fait un cadeau et j’ai commandé sur internet un album de cette époque. Je l’ai reçu pour Noël et je dois dire que cela a été un merveilleux voyage dans le temps, bien au-delà de mes espérances. Tout m’est revenu d’un coup, les couleurs des écussons, les noms des joueurs, les noms des villes. Je crois que j’y ai passé deux ou trois heures sans pouvoir le refermer. Cela a été un souvenir très fort que j’ai restitué dans Ici, tout va bien.

Sinon, comme tous ceux de ma génération, j’ai un pincement au cœur dès que j’entends les génériques de Goldorak, Albator, Capitaine Flam, Maya l’abeille, L’île aux enfants, Candy, Starsky et Hutch, Inspecteur Gadget… et je pourrais continuer, la liste est longue. C’est inscrit en moi, et malgré les années qui passent, je n’ai pas l’impression que cela s’estompe.


 

Conclusion

À travers cet échange, Cédric Le Calvé nous ouvre les portes de son imaginaire et de sa mémoire. Ici, tout va bien n’est pas seulement une plongée dans les années 80 : c’est une réflexion profonde sur la nostalgie, la transmission et le temps qui passe. L’auteur y mêle tendresse et lucidité, offrant à ses lecteurs un voyage autant intérieur qu’émotionnel.

Je remercie encore chaleureusement Cédric Le Calvé pour sa disponibilité et la richesse de ses réponses.

👉 Et vous, chers lecteurs : que vous évoquent les années 80 ? Seriez-vous tenté(e) de visiter un parc qui recrée votre jeunesse ? Avez-vous déjà ressenti cette douce nostalgie qui, parfois, devient presque une addiction ? N’hésitez pas à partager vos impressions et vos propres souvenirs en commentaire.


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One thought on “Interview exclusive de Cédric Le Calvé : Ici, tout va bien

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